Dans ce contexte, l'animation d'ateliers croisant apprentissage linguistique et fabrication suppose d'adopter une posture fondée sur l’horizontalité. Il s'agit d'abord et tout simplement, de reconnaître les personnes comme des adultes disposant de savoirs, d'expériences et de compétences. Comme le rappelle Rosalie Blanc, designeuse spécialiste des supports d’apprentissage linguistiques :
La seule recommandation vraiment générale, c'est de ne pas faire quelque chose qui infantilise les apprenants. Toutes les formatrices que j'ai rencontrées sont ultra vigilantes là-dessus : éviter les supports pour enfants, les dessins trop enfantins, les codes couleurs qui rappellent l'enfance...
Cette posture conduit également à déplacer le regard. Plutôt que de se concentrer sur ce que les personnes ne savent pas encore faire dans une nouvelle langue, il s'agit de valoriser ce qu'elles savent déjà et ce qu'elles peuvent transmettre aux autres. Anne-Charlotte Oriol insiste sur cet aspect :
C'est aussi de pas mettre la focale sur ce qu'on ne sait pas faire, mais plus sur ce que les gens savent faire, ce qui les intéresse. Potentiellement quand tu accueilles certains groupes, il y a des gens qui ont des compétences techniques qu’ils peuvent transmettre dans leurs langues, à leurs pairs ou même à toi parce qu'ils connaissent bien mieux certains domaines, par exemple, si dans leur pays ils ont une formation technique, en couture, en mécanique…
Reconnaître cette pluralité d’expériences et de parcours, suppose également d'accueillir les langues présentes dans le groupe. Comme le raconte Anne-Charlotte Oriol, demander comment un mot se dit dans une autre langue, comparer les expressions ou laisser émerger des discussions multilingues permet de reconnaître chacun et chacune dans son identité linguistique et de créer des moments de convivialité :
Comment on accueille les langues des gens ? [...] Quand tu demandes aux gens comment on dit tel mot dans leur langue, c'est toujours des moments de discussion, des moments chaleureux où on rigole [...]. C'est hyper gratifiant et ça fait toujours plaisir de pouvoir parler sa langue.
Enfin, cette horizontalité implique d'accepter de ne pas tout maîtriser en tant que formateur ou formatrice. Dans un groupe plurilingue, les participants et participantes peuvent s'entraider et s'expliquer des notions dans une langue que la personne qui anime ne comprend pas.
Finalement, accueillir un groupe multilingue nécessite de créer des conditions favorables à l’apprentissage comme le rappelle Martyna Karolina Daniel, qui a travaillé le sujet à son arrivée dans le réseau des bibliothèques municipales de la ville de Reykjavík, en Islande :
J'ai développé des programmes qui visaient à détendre l'atmosphère autour de l'apprentissage de la langue et d'offrir des espaces temporaires où l'ambiance est très différente d'une salle de cours et où les gens pouvaient pratiquer en toute sécurité la langue islandaise avec des islandophones.